Des tomates en hiver, non mais allô quoi ! 5 bonnes raisons pour manger de saison 3

tomates en hiver - 5 bonnes raisons de manger de saison5 bonnes raisons qui montrent que consommer de saison est plus « swag » que manger des tomates et des framboises fraîches en hiver,  acheter des roses en février ou du fromage de chèvre en janvier sans oublier quelques petits conseils pour savoir comment manger de saison afin de re-normaliser le concept devenu étrangement original. Bonne lecture ! Lucia

Ps : le blog créé à l’origine dans la perspective de l’Exposition universelle Milan 2015 devient généraliste et évoquera les thèmes de l’agriculture et de l’alimentation durables, les enjeux posés, les initiatives qui émergent, en proposant aussi des quiz et des jeux :)

Raison 1 : les tomates en hiver, ce n’est pas souvent très bon

Rayon d'un supermarché parisien avec des tomates en février. Origine Maroc, Espagne, France. En vrac, super emballées, bio ou non.

Rayon d’un supermarché parisien avec des tomates en février. Origine Maroc, Espagne, France. En vrac, super emballées, bio ou non.

De retour en France après quatre années passées à Rome j’ai subi une attaque quelque peu inattendue : l’attaque des tomates fraîches en hiver. Sur les tables et dans les frigos de mes amis, au restaurant dans les salades ou en accompagnement des plats, au marché, dans les grandes surfaces qui représente rappelons 72 % des dépenses alimentaires des français*, elles sont partout. Je note quand même l’exception du producteur bio du marché et la « Ruche qui dit oui » de mon quartier qui ne proposaient que des produits de saison, même à mon magasin bio, s’il n’avait pas de tomates des aubergines et des courgettes étaient sur les étals…

Bref, une vraie invasion alors que sincèrement les tomates en hiver, qu’elles soient cerises, bio ou cœur de bœuf ne sont pas bonnes. Elles n’ont au mieux aucun goût (ou un goût d’eau), au pire sont acides et sans odeur.

Je ne dis pas qu’à Rome, on ne trouvait pas de tomates ou d’autres légumes d’été en hiver, mais sincèrement l’usage était moins légion et l’habitude de manger de saison plus répandue. Il ne s’agit pas que des tomates, mais du système alimentaire en général qui propose des produits souvent complètement coupés de leur territoire, de la saison, de leur forme originale (emballés, préparés) : aubergine, concombre, roses, TOUT DISPONIBLE PARTOUT ET TOUT LE TEMPS. Au passage on perd souvent le goût …

Raison 2 : derrière une tomate en hiver, des impacts importants sur notre environnement  et des conditions de travail quelque fois exécrables

Deux possibilités : 1) la tomate vient de France. En toute logique, elle aura donc été cultivée en serre chauffée (consommation d’énergie, émission de CO2 associée). Souvent magnifique, d’une forme parfaite, il est probable si elle n’est pas bio, qu’elle ait subi une cure de produits phytosanitaires pour assurer son esthétisme.  2) la tomate vient de l’étranger, Maroc, Espagne ou autre, éventuellement elle aura été cultivée en serre non chauffée (même si sincèrement, cela reste l’hiver là-bas aussi sauf si elles arrivent d’encore plus loin comme du Chili), cueillie avant maturité, puis transportée pendant des kilomètres avant d’arriver dans votre assiette.

CO2 légumes saisonSelon l’ADEME[1], une tomate en hiver générera 20 fois plus de de gaz à effet de serre qu’une tomate en été. Rappelons que l’empreinte carbone de l’alimentation représente une des quatre principales composantes de l’empreinte carbone des français avec les transports, le logement et les services. Elle s’élève à à 2,2 t CO2e par personne  (produits alimentaires : 1,5 t ; produits agricoles : 0,6 t ; cuisson à domicile : 0,1 t)[2].

En plus des énergies fossiles dépensées (le gaz naturel est utilisé en combustible principal sur 77 % des serres françaises[3]), les conditions de production sont souvent mauvaises. Je conseille de lire l’article de Natura Science de 2014 à ce sujet  avec l’exemple de la culture des tomates à El Ejido en Espagne.

Raison 3 : « less is more », manger de saison, c’est ouvrir son imagination et  c’est un bon moyen de redécouvrir son territoire en faisant des économies

printempsManger de saison signifie donc ne pas consommer certains produits frais en fonction des saisons, donc se limiter ?

En l’occurrence, se limiter, c’est s’ouvrir ! Manger de saison permet aussi de découvrir d’autres produits qu’on ne consommait plus. En s’instaurant des limites, on pioche dans les autres nombreux légumes et fruits d’hiver : poireau, épinard, mâche, chou, brocoli, oseille, pomme, poire, carotte. Il existe aussi tous ces légumes, plantes ou fruits qui n’ont pas de saison car ils peuvent se conserver si gardés dans de bonnes conditions : les amandes, les potimarrons, les lentilles….etc.

Manger de saison peut également être une bonne porte d’entrée pour manger local et découvrir son territoire. L’antre de la tentation que constitue les supermarchés évitée, vous pourrez demander au producteur du coin sur le marché, à l’AMAP ou autres circuits courts de vous faire découvrir de nouvelles espèces de légumes et de vous expliquer les moyens de les cuisiner. Par exemple, saviez-vous que les framboises poussent très bien dans la région parisienne malgré son climat ? Pas besoin de les prendre du Chili mais juste d’attendre la bonne saison. Selon où vous habitez, il y a des différences : à Rome ou à la Côté d’Azur la saison des tomates peut être très longue, mais aussi dans le nord de la France, certains variétés de tomates poussent dès mars –avril ou jusqu’en octobre, dans le jardin choisissez les bonnes variétés, ou faites du lobbying auprès de votre petit producteur ;)

Normalement en achetant de saison et local, cela devrait coûter moins cher : moins besoin d’énergie, d’entrants chimiques, de transport.

C’est par ailleurs une demande claire des consommateurs : 90 % des Français jugent important de pouvoir acheter des aliments de saison et produits localement, à proximité du point de vente[4].

bocaux légumes saisonRaison 4 : pas de tomate fraîche ne veut pas dire pas de tomate du tout

Et oui, dans de nombreuses familles on profite encore de l’été pour récupérer les tomates du jardin ou de bonnes tomates achetées et faire les conserves de passata pour tout l’hiver (coulis de tomates pelées et épépinées réduites pendant des heures à petit feu avec du sel, de l’ail et quelque fois une cuillère de sucre). Il y a aussi les tomates séchées, les tomates à l’huile, et cela fonctionne pour presque tous les légumes.

Raison 5 : du plaisir retrouvé de manger une tomate fraîche (ou un autre légume / fruit de saison) les beaux jours revenus !

Il fait beau, vous revenez du marché ou de votre jardin, ça y est on est parti pour une saison nouvelle d’aubergines, de tomates, de concombres, de fraises. Leur bonne odeur, leur goût précieux, il vous avait manqué, mais l’attente valait le coup !

Petits conseils pour manger de saison :

  • Cherchez des idées pour cuisiner de saison en allant sur internet ou en vous achetant un livre de cuisine de saison.
  • Allez-y petit à petit, n’éliminez peut être pas tous les fruits et légumes hors saison d’un coup mais progressivement. En cas de sensation de manque, n’hésitez pas à craquer pour un petit bocal de tomates concassées ou d’artichauts à l’huile ;) On reste des humains, non mais !
  • Achetez en circuits courts afin d’être moins sujet aux tentations.
  • Pour ceux qui ont un jardin, lancez-vous dans le potager en commençant par les choses simples. Vous verrez les saisons défiler devant vos yeux pour le bonheur de vos papilles.
  • Privilégiez les restaurants dont la carte évolue avec les saisons, par exemple en découvrant un des restaurants adhérents à la charte Bon pour le climat.

Et finissons en beauté, par cette belle citation du chef Alain Ducasse grand promoteur du bio, local et de saison :

« L’étonnement, des fois, est dans les choses les plus simples. Enfin, est-ce que le nouveau luxe ça ne serait pas la simplicité ? »

Le bonheur : une bruschetta de tomates fraîches en été avec un petit verre de vin :)

Le bonheur : une bruschetta de tomates fraîches en été avec un petit verre de vin :)

* source : INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1526#inter1

[1] Source : ADEME, http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-petites-reponses-a-de-grandes-questions.pdf

[2] Source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/LPS114.pdf

[3] Source : enquête ADEME http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/44445_synthese_serre-40p-2007.pdf

[4] Source : 38. « L’Observatoire de la qualité des aliments Agri Confiance/Ipsos : un nouvel état des lieux des attentes des consommateurs ». Paris : Agri Confiance, 2009

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3 thoughts on “Des tomates en hiver, non mais allô quoi ! 5 bonnes raisons pour manger de saison

  1. Reply Fabrice févr. 23, 2016 %H:%M

    Très bon article, il reste une autre exellente raison de réserver la tomate pour l’été: elle est composée à 95 % d’eau! L’hiver le corps humain a davantage besoin de minéraux et de vitamines, leur concentration est justement plus importante dans les fruits et légumes d’hiver!

  2. Reply locavor.fr févr. 23, 2016 %H:%M

    Félicitation pour votre article et vive le local de saison !

  3. Reply Nicolas févr. 23, 2016 %H:%M

    Article plein de bon sens! à appliquer d’urgence.

    Pour info, en complément de votre article, je viens de découvrir le nouveau site du post ci dessus : locavor.fr : c’est un réseau pour achetez facilement local et de saison!

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