Diplomatie alimentaire et durabilité

Girodelgusto-Suisse23092014 (1)Le jeudi 25 septembre, j’ai assisté à un workshop “Expo2015 et Food Diplomacy” dans une sublime villa romaine à deux pas de la rue Veneto : la Villa Maraini, qui accueille l’Institut Suisse à Rome.

Dans le cadre de l’initiative “Giro del gusto”,  l’équipe du Pavillon suisse organisait un programme d’une semaine de conférences, tables rondes et soirées de dégustation visant à publiciser la participation Suisse à l’Exposition universelle 2015.  Lucia était aussi rendez-vous  la veille où elle avait assisté à une conférence Gestion collective du territoire et sureté alimentaire : Expérience historique et perspectives futures”  (nous vous reparlerons de cette thématique d’ici peu) avant de passer une magnifique soirée en musique en compagnie de l’équipe du Pavillon suisse. Elle me disait qu’à cette soirée il y avait déjà un petit goût d’Exposition universelle à Rome, tout du moins ce que nous espérons qu’elle sera : des moments de dialogue et débats passionnés, de belles rencontres mais aussi des moments de fêtes.

Mais revenons à nos moutons : qu’est-ce que la diplomatie alimentaire ou « food diplomacy » et quels liens avec le thème de la durabilité alimentaire et agricole ?

Laura

La diplomatie alimentaire : notre nourriture représente notre culture

Le jeudi 25 septembre, il était d’abord question de diplomatie culinaire.  Dans le cadre du workshop “Expo 2015 et diplomatie alimentaire”, Alessandra Roversi, spécialiste en « Gastrodiplomatie », nous a présenté le concept de diplomatie alimentaire. Un concept qui a vu le jour en Thaïlande et qui ne cesse de se développer dans le monde.

L’alimentation ne serait « plus considérée simplement comme un moyen de subsistance et de satisfaction d’un besoin primaire, mais serait devenue un instrument majeur utilisé par chaque pays pour symboliser sa propre identité culturelle ». Cette diplomatie utilise l’alimentation comme un instrument de communication sur l’identité et la culture d’un pays[1]. Mais comment promouvoir la diplomatie alimentaire ?  « Il suffit de choisir un plat, de le mettre au centre de l’attention et de créer des liens entre ce plat et d’autres domaines  (l’économie, la politique, la culture, les traditions, la recherche, le design, etc.) » d’après Alessandra Roversi.

La Gastrodiplomatie: un instrument efficace de négociation

La « Gastrodiplomatie »  pourrait selon l’écrivain Paul S Rockower être « l’un des instruments le plus efficace pour vaincre la faim mais aussi agir sur les cœurs et les mentalités des individus [2]. En effet, les questions alimentaires ont souvent été au centre d’importantes décisions internationales au cours de l’histoire. La gastrodiplomatie peut ainsi être considérée comme un des instruments de la  diplomatie en général. 

Workshop

Workshop « Expo2015 e food diplomacy »

Par exemple, le fameux diplomate français Tayllerand avait la grande habileté de réussir à faire s’asseoir à la même table des opposants politiciens et de les faire discuter ensemble afin de trouver des solutions. La plupart des banquets présidés par Tayllerand lors de ces occasions étaient préparés par le grand chef Antonin Careme. Sa cuisine était si délicieuse et ses plats si  exquis, que les convives finissaient par oublier leurs différences politiques et cela facilitait, infine,  la prise de décisions diplomatiques.

La Thaïlande : pays promoteur de la diplomatie alimentaire

Selon Alessandra Roversi, la Thaïlande fut le premier pays à utiliser, en 2002, le concept de diplomatie alimentaire comme moyen de promotion de son identité nationale à travers l’alimentation. Par le biais du Global Thaï Program, l’intention du gouvernement thaïlandais était de favoriser  l’ouverture de restaurants thaïs au quatre coins du monde. Ce projet reposait sur une vision de l’alimentation comme un instrument diplomatique où la cuisine locale est une part essentielle du sentiment de fierté de la population thaïlandaise.

Le slogan choisi par le Pavillon Thaïlandais pour sa participation à l’Expo 2015 est d’ailleurs : “Nourrir et fasciner le monde”.  A travers ses richesses culinaires et alimentaires, le pays est convaincu de pouvoir fasciner le monde et de se positionner en premier plan sur la scène internationale.Ignazio di Pace, Consultant pour les Relations Internationales du Pavillon Italien de l’Expo 2015, a ainsi insisté sur le fait que la diplomatie alimentaire est de de plus en plus reconnue aussi d’un point de vue scientifique. C’est-à-dire elle est une vraie science, qui doit être étudiée.

Swiss Institute, Villa Maraini, Roma

Swiss Institute, Villa Maraini, Roma

Expo 2015: une manifestation majeure  pour la Suisse

La Suisse a été un des premiers Pays à exprimer sa volonté de participer à l’Expo et un des premiers à signer le contrat de participation. Pour Ignazio di Pace, cela témoigne d’une volonté d’exporter sa culture alimentaire et de se faire connaitre dans le monde comme un pays détenteur d’une riche tradition culinaire. Si la Suisse est bien souvent d’abord reconnue pour ses talents en mécaniques de précision (production d’horloges et de montres) ou en finance, le territoire suisse a également une production majeure de produits agricoles et alimentaires tels que le fromage ou du chocolat exportés dans le monde entier. Un des objectifs de la Suisse est donc de saisir l’opportunité offerte par l’Expo pour favoriser et publiciser sa propre culture alimentaire.

La Suisse apportera une contribution au débat sur l’alimentation, avec son pavillon qui se présentera comme une plateforme pour la promotion et la réflexion autour de styles de consommation plus durables.

“L’Homme est ce qu’il mange” Feuerbach

« L’homme est ce qu’il mange » Feuerbach

Ce workshop m’a rappelé à quel point à  travers ce que nous mangeons, nous parlons de nous-mêmes, nous exprimons notre personnalité, notre style de vie. Nos habitudes alimentaires sont bien souvent  représentatives des choix que nous faisons et peuvent en dire beaucoup sur notre manière de voir les choses. Il suffit de penser au nombre de « philosophies de la vie » qui se fondent sur l’alimentation : slow food, le végétarisme et tant d’autres. Les traditions culinaires d’un pays sont le reflet de son histoire, de sa culture mais aussi des limites et du contexte des populations et des territoires, liés à ses propres productions agricoles, à sa richesse, à sa capacité à se nourrir.

C’est selon moi aussi l’une des raisons pour laquelle l’Expo 2015 peut représenter une excellente occasion pour chaque Pays, de communiquer sur sa propre identité culturelle à travers ses choix alimentaires.

En ce sens, la diplomatie alimentaire peut être un instrument de promotion d’une alimentation et d’une agriculture plus durable et adaptée aux territoires. La soutenabilité  de notre alimentation, mais aussi de notre agriculture, seront je l’espère au cœur des débats pendant les six mois de l’exposition universelle.  La diplomatie alimentaire peut aussi devenir un instrument fondamental de négociation entre les pays pour favoriser les productions plus durables, les  styles de vie différent basés sur une responsabilité sociale plus grande en tant que consommateurs et producteurs.

La Suisse semble en tous cas vouloir saisir cette opportunité. Cela s’illustre par la conception de son pavillon où seront situées quatre tours garnies de spécialités suisses que les visiteurs pourront déguster. Mais les ressources disponibles ont une limite et les visiteurs pourront voir les quantités diminuer et visualiser directement l’impact de leur consommation (plus d’infos sur le site du pavillon suisse). La structure visant à faire réfléchir les visiteurs sur le caractère durable de l’alimentation.


[2] Rockower, Paul S. « Projecting Taiwan: Taiwan’s Public Diplomacy Outreach. » Issues & Studies 47, no. 1 (March 2011): 107-152.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

Leave a Reply