Le polythéisme alimentaire : l’ère du consommateur “touche à tout” et des paradoxes

Le 22 janvier dernier à Milan j’ai eu la chance d’assister à la conférence de Giuseppe de Rita, fameux sociologue et président du Centre d’étude sur les investissements sociaux italien (Censis) sur le thème du polythéisme alimentaire. Cette dernière était organisée dans le cadre d’un cycle de conférences proposé par laFondation du journal Corriere della sera intitulée“Banquet : entre nourriture et savoirs”.

Le rapport à l’alimentation, clé de lecture essentielle de la société

Dès l’introduction, Giuseppe De Rita a insisté sur le fait que notre rapport à l’alimentation offre une clé de lecture essentielle à notre société. Ainsi, notre alimentation et nos habitudes de consommation sont le reflet de notre société. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale – période durant laquelle la nourriture était un bien considéré comme très précieux et souvent peu varié – et en particulier à partir des années 50-60 la croissance économique s’est accompagnée d’une forte augmentation de la consommation de nourriture qui est devenu un bien abondant et plus accessible à tous. A partir des années soixante-dix, la croissance de la consommation de biens alimentaires a ralenti avec la crise économique. Par la suite, la consommation alimentaire a commencé à devenir plus individuelle et subjective.

Le polythéisme alimentaire : une multitude de pratiques alimentaires…

De nos jours, l’offre de produits alimentaires est très diversifiée et nos habitudes d’achat influencent cette variété. Une même personne achète des produits de grandes marques, des produits de petits producteurs, des surgelés, des produits discount. Nous sommes entrés dans l’ère du “polythéisme alimentaire, qui pousse les personnes à manger de tout, sans tabou, créant des combinaisons infinies de pratiques alimentaires et de lieux de consommation”[1]. La multiplication de l’offre naît également du désir croissant des consommateurs à la recherche d’une plus grande liberté.

…à l’origine de nombreux paradoxes

Cette liberté est riche en paradoxes. Giuseppe De Rita a pris l’exemple des familles dans lesquelles on mange régulièrement des produits avec une appellation d’origine contrôlée ou une indication géographique protégée, mais chez qui selon leurs études “plus d’un tiers mangeront également des plats préparés, plus des deux tiers achèteront régulièrement des produits en conserve et les trois quart des produits surgelés”. Cette situation s’explique selon le sociologue par l’importance des choix subjectifs de l’individu comme modalité principale de consommation.

L’Italie : des habitudes culturelles encore très fortes

n517337735_79749_2107Mais en Italie, selon Giuseppe de Rita, cette évolution des habitudes de consommation alimentaires est combinée avec de fortes habitudes culturelles. Par exemple, 7 millions d’italiens mangent tous les jours des pâtes au déjeuner et à dîner, 12 millions une fois par jour, 7 millions boivent un verre de vin chaque jour au déjeuner et au dîner (ou il faudrait plutôt dire,  spéciale dédicace à notre webmaster marseillais, au dîner et au souper !). Les Italiens sont par ailleurs très attachés à la diète méditerranéenne, qui constitue une diète “saine à base de produits frais, authentiques”. Cette dernière se concilie par ailleurs avec d’autres tendances actuelles, comme le fait de s’inquiéter de son aspect physique et de la provenance des aliments que nous mangeons.

A la recherche de l’authenticité

Aujourd’hui plus qu’avant, les consommateurs sont en quête d’authenticité. Cette recherche s’exprime tout d’abord à travers le besoin de s’informer sur l’origine des produits que nous mangeons. Cela est visible notamment avec le fleurissement des blogs de cuisine et les nombreuses demandes sur les forums sur la nocivité potentielle sur la santé de tel ou tel produit. En outre, cette quête se reflète avec le renouveau de la tendance à faire la cuisine. La cuisine est devenue une passion grand public : le boom des émissions télévisées culinaires et le succès croissant des cours de cuisine en sont une preuve.

La force de l’Italie sur le thème de l’alimentation dans le cadre de l’Expo 2015

Selon Giuseppe de Rita, l’Italie reste un pays où manger aura toujours une forte dimension collective, un pays qui défend ses traditions culturelles et territoriales, en particulier alimentaires, ce qu’elle fait avec succès. Ainsi,l’Italie se présente comme un pays organisateur de l’Expo 2015 tout à fait légitime, qui a un modèle à défendre et à présenter au monde.

Juliette

Image Juliette

Pour en savoir plus :

En italien :  le rapport sur habitudes alimentaires des italiens du Censis de 2011


[1]  http://www.largoconsumo.info/102011/DOCAbitudinialimentaricensiscoldiretti-1011.pdf, primo rapporto sulle abitudini alimentare degli italiani, Censis.

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