L’Italie et l’Expo 2015

L’Italie, le pays de l’alimentation durable ?

Une prérogative italienne

Quel moment de la journée un italien attend le plus ? À n’en pas douter, le moment de passer à table ! S’asseoir confortablement et déguster un bon petit plat tout juste préparé est la prérogative de la majorité des Italiens. La fantastique richesse de la gastronomie et les innombrables diversités régionales font de la tradition alimentaire locale une partie intégrante de la culture de ce pays et une source de fierté. Vous est-il déjà arrivé de vous asseoir à table avec un groupe d’amis italiens provenant de régions différentes ? Et bien, une bonne partie de leurs conversations sera certainement dédiée à la description des délices culinaires de leur région d’origine, chacun revendiquant la primauté du plat le plus authentique et savoureux.

L’Italie peut ainsi se targuer de posséder une richesse exceptionnelle qui est bien souvent sous-estimée par les Italiens eux-mêmes, peut-être parce c’est un élément tellement inhérent à leur culture nationale, qu’à ce titre, il y est « réduit». Cette primauté est le « bien manger ». Heureusement, que les foules de touristes rappellent aux Italiens la chance qu’ils ont de posséder de telles richesses ! Dès l’enfance, tout italien digne de ce nom sera habitué à reconnaître et à apprécier la bonne cuisine, la véritable, celle préparée à partir des produits régionaux, voire même très souvent directement du jardin. Ceux qui le peuvent disposent de plus en plus souvent à l’arrière de leur maison ou sur leur balcon d’un potager, où, bien souvent, ils feront au moins pousser quelques plantes aromatiques, afin de « donner la petite touche en plus » à leurs fameuses sauces. Dans la majorité des grandes places des villes, vous trouverez le marché, où les agriculteurs des zones voisines vendent leurs produits, privilégiant fréquemment la qualité et la fraîcheur. Surtout dans le Sud de l’Italie, il est rare qu’un italien avec à disposition un marché de quartier et le temps pour s’y rendre lui préfère un supermarché pour acheter ses fruits et légumes.

C’est aussi l’une des raisons pour  laquelle la restauration fast food a eu des difficultés à s’implanter[1]en Italie. A cet égard, rappelons que Slow Food, l’association internationale de promotion de l’« écogastronomie » a été fondée en Italie en 1989. Aujourd’hui activement présente dans neuf pays et reconnue bien plus largement, elle avait été créée à l’origine dans le but de lutter contre la culture du « fast food » et plus largement contre les modes de vie mettant l’accent sur la rapidité (d’où le logo représentant un escargot). Slow food mène de nombreux projets visant à protéger les traditions alimentaires locales et défendre une conception de l’alimentation attachée  à l’origine des produits, leur goût, leur qualité qui prendrait mieux en compte les conséquences de nos choix alimentaires sur le monde et les territoires. Le mouvement Slow food est ainsi progressivement devenu une véritable philosophie, un choix de vie pour tout individu souhaitant recréer des liens avec son territoire et sa culture.

Sans oublier que l’Italie est le pays qui accueille les principales organisations internationales traitant d’agriculture et d’alimentation : l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le programme alimentaire mondial (PAM) et le fonds international de développement agricole (FIDA) ayant tous trois leur siège à Rome.

Voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles l’Italie est le pays idéal pour accueillir une exposition qui a pour thème principal l’alimentation.

La nourriture : fruit de la culture d’un peuple 

La culture alimentaire italienne puise ses origines dans une tradition agricole profondément enracinée, favorisée par un climat méditerranéen et un sol très fertile qui rend possible la culture de nombreux fruits et légumes. La « biodiversité alimentaire » est en effet l’un des plus grands trésors de l’Italie qui doit, à ce titre, être préservée et renforcée. Comme l’affirme Laura Boldrini, femme politique italienne, membre du parti Gauche, écologie et liberté (SEL) et présidente de la Chambre des députés depuis 2013, l’Italie est un extraordinaire exemple de la façon dont la nourriture fait partie intégrante de la culture d’un peuple, l’expression directe de la société, de la tradition et de la mentalité de ses habitants. Dans aucun autre pays comme en Italie, le lien entre culture et tradition culinaire est demeuré si fort.

La sensibilité et l’attention à la qualité de la nourriture sont très présentes chez les Italiens et beaucoup plus développées que dans d’autres pays. L’attachement à la diète méditerranéenne, la propension à acheter des produits biologiques, et l’achat de produits frais et à “kilomètre zéro” (produits directement dans la zone où ils seront consommés) sont des phénomènes en plein développement, reflets d’une nouvelle approche de l’alimentation et d’une tendance à vouloir défendre les richesses agroalimentaires.

Pour l’Italie, pouvoir organiser l’Exposition Universelle sur un sujet qui lui est si spécifique constitue également une opportunité pour confirmer et réaffirmer sa position en faveur d’une agriculture plus durable et protectrice de l’environnement, et, en parallèle, plus respectueuse de la qualité des produits alimentaires.

Un poids économique majeur

La production alimentaire italienne représente 130 Mds€/an, ce qui en fait le second secteur juste après le secteur manufacturier[2]. Les produits alimentaires italiens sont de plus en plus demandés à l’étranger,

pour s’en rendre compte il suffit de mentionner la croissance soutenue des exportations de vin, d’huile d’olive, de pâtes. L’Italie est classée première en nombre d’appellations d’origine contrôlée (AOP), d’indications d’origine contrôlée (IGP) et de spécialités traditionnelles garanties conférées par l’Union européenne (UE)[3].

L’Italie est au septième rang mondial, derrière l’Australie, l’Argentine, les USA, le Brésil, l’Espagne et la Chine en termes de superficies destinées aux cultures biologiques avec près d’1 Md d’hectare, et au second rang européen derrière l’Espagne. Elle est par ailleurs classée à la première place en Europe en matière de nombre d’agriculteurs et de producteurs spécialisés dans les cultures biologiques. En particulier, c’est le premier producteur mondial de légumes bio (avec une superficie de 23 407 hectares, huit fois plus que celle de l’Espagne), de céréales (avec environ 184 111 hectares), d’agrumes (21 940 hectares), de vignes (avec 52 812 hectares, trois fois plus qu’en France) et d’olives (plus de 141 568 hectares). Malgré la crise la consommation de produits biologiques progresse par ailleurs , en hausse de 6,1% au premier semestre 2012, alors que la consommation de produits non biologiques a diminué de 3 % sur la même période. Les produits biologiques les plus consommés en Italie sont les fruits et les légumes, suivis par le miel et les confitures, les œufs, les yaourts, l’huile d’olive, le fromage, les jus de fruits, les biscuits et la viande[4].

Les initiatives en plein développement d’entreprenariat agroalimentaire comme les agritourismes, sont le miroir de la culture italienne qui démontrent comment l’économie (dans ce cas, l’industrie alimentaire) peut devenir plus durable et peut se baser sur des pratiques respectueuses de l’environnement, en partant de ce que nous mangeons et de ce que nous produisons.

SAM_1859Les liens créés avec le territoire en Italie trouvent leurs racines dans « la terre », perçue comme nourricière. Cette vision s’explique par une longue tradition agricole, qui, du nord au sud a bien souvent représenté le moteur de l’économie italienne à travers l’histoire. Ce trait d’union est encore visible dans la mentalité fortement enracinée des grands-parents, qui inculquent l’amour et l’attention à la nourriture « faite maison ».

Alors, qui mieux que l’Italie, qui considère la nourriture comme une partie si importante de la vie quotidienne, peut accueillir l’Exposition universelle sur ce thème, et promouvoir la réflexion sur la  « durabilité alimentaire » et la nécessité de défendre sa propre tradition gastronomique en redonnant de la valeur à la « terre » afin qu’elle puisse encore nous fournir ses fruits dans le futur ?


[1] En 2012, il y avait 450 Mc Donalds en Italie, contre 1 200 en France (Source : Mac Donald).

[2] Président de la CIA (Confederazione italiana agricoltori), Giuseppe Politi, à l’occasion du lancement de la campagne pour l’Expo 2015

[3] Données ISTAT.

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