Interview d’Wakao Hanaoka, de Greenpeace Japon

« La combinaison de la surpêche, de la surdistribution et de la surconsommation  constitue le principal problème du Japon »

Image du site Greenpeace Japon

Image du site Greenpeace Japon

Nous avons profité du départ en vacances de ma coloc’ et amie japonaise Mari, qui avait travaillé quelques années à Greenpeace Japon, et qui a suivi notre projet de blog, pour lui demander de recontacter ses anciens collègues. Sitôt demandé, sitôt réalisé ! Merci Mari !

Le responsable de la Campagne océan, nous a fait un petit point très complet sur la situation de la pêche et de la consommation de produits de la mer au Japon, soulignant les difficultés pour mettre en oeuvre une pêche plus durable et pour sensibiliser les japonais dans leurs pratiques de consommation. La catastrophe de Fukushima semble néanmoins changer un peu la donne.

tasse expo2015Autre info intéressante, si l’Expo 2015 fait l’objet d’une couverture média de plus en plus large en Italie (hier, j’ai vu que les magasins de tourisme commençaient à vendre des sets de tasses à Café avec le logo de l’Expo ;), l’information demeure encore très peu diffusée ailleurs…En effet, Wakao Hanaoka ne savait rien de l’Expo…

Voyons comme ça évolue ! Et espérons que ce blog permette de publiciser l’Expo, comme une fantastique occasion de mobiliser et de créer du réseau sur les thématiques de l’alimentation, de l’agriculture (et de la pêche !) durable – enjeux communs à l’ensemble de la planète.

Plus d’info sur le Japon et l’Expo sur la page consacrée.

Bonne lecture ! Lucia

Lucia

  • Peux-tu nous décrire brièvement l’organisation de Greenpeace au Japon, quelles sont vos activités principales, combien êtes-vous ?

Au sein  de Greenpeace Japon, nous avons deux équipes projet, celle pour l’énergie et le climat, et celle pour les océans. L’objectif de la première est de susciter une révolution énergétique au Japon, mon équipe travaille quant à elle à rendre le marché des produits de la mer durable. Nous sommes une équipe de 27 personnes, et nous avons 6 000 adhérents.

  • Pourrais-tu nous expliquer tes fonctions au sein de Greenpeace ?

Je suis responsable de campagne au sein de Greenpeace Japon et leader de la campagne océan.Outre le travail de coordination de l’équipe, je suis responsable de l’ensemble du travail de documentation, d’exposition, de lobbying mené par l’équipe.

  • Pourriez-vous nous décrire la situation du Japon en matière d’agriculture ? le Japon est-il autosuffisant ?

En matière de calories, le Japon pourvoit seulement 40% de ses besoins. En termes de production, c’est moins de 70 %.

Capture d'écran du site de Greenpeace Japon

  • En matière d’alimentation ? Quelle est la diète japonaise ?

La consommation globale de viande a dépassé celle des produits de la mer il y a quelques années. Les plus jeunes générations consomment plus de viande, tandis que les plus âgés consomment encore majoritairement des produits de la mer.

  • En particulier, pourriez-vous nous parler un peu plus de la pêche et de la consommation de produits de la mer au Japon ? 

Selon Ransom Myers, biologiste spécialisé sur le thème de la pêche à l’Université Dalhousie au Canada, le nombre de poissons de grande taille dans les océans a diminué de 90 % depuis 1950. Un de ses collègues estime que la tendance actuelle tend à un écroulement du nombre de toutes les principales espèces de poissons commercialisées dès 2048. Le Japon ne fait pas exception : les chiffres de l’Agence des pêches japonaise montrent que seulement environ 15 % des ressources marines autour du japon sont en bonne état de conservation.

L’absence d’une politique de gestion de la pêche et l’augmentation de la demande de produits de la mer à bas prix a des impacts négatifs sur l’emploi : alors qu’au début des années 1950, il y avait près d’un million de pêcheurs au Japon, aujourd’hui ils sont moins de 200 000. L’industrie de la transformation des produits de la mer a connu un phénomène similaire.

La consommation de produits de la mer est profondément enracinée dans la culture japonaise et l’alimentation traditionnelle, avec des conséquences désastreuses : moins de 2 % de la population mondiale consomme 90 % des captures mondiales de l’espèce menacée de thons rouge du sud, 80 % des stocks de thon rouge, 70 %  des espèces menacées d’anguilles, 60 % des poulpes, 50 % des calamars. Et pourtant, la majorité des japonais – et ce jusqu’à récemment – n’est pas consciente de sa contribution à la surpêche. L’accident nucléaire de Fukushima a toutefois radicalement accru l’intérêt des japonais s’agissant de l’état des océans, mettant en évidence le besoin urgent de mettre en œuvre des mesures de sécurité pour les produits de la mer. En 2011 et 2012, Greenpeace a encouragé les consommateurs à faire entendre leur voix auprès des principaux détaillants de produits de la mer, en demandant l’adoption de politiques globales d’approvisionnement.

AEON, le plus grand détaillant de produits de la mer au Japon et un acteur majeur sur la scène internationale a depuis – en l’absence d’action du gouvernement – pris des mesures décisives pour garantir la non contamination par les radiations des produits de la mer. En outre, les entreprises de grande distribution japonaises, Ito-Yokado, Daiei, et Seiyu (filiale de Wal-Mart) se sont engagées à améliorer les politiques en matière d’étiquetage et ont ouvert des négociations avec Greenpeace.

Le but de notre projet est d’aboutir à un secteur de la pêche qui soit durable au Japon.

  • Quelles sont les principales problématiques en matière de pêche au Japon ? en effet, le Japon a été au centre de nombreuses problématiques, notamment s’agissant de la pêche à la baleine, aux dauphins (cf documentaire The Cove) et aux thons. Des progrès ont-ils été réalisés dans la régulation de ces activités ?

La combinaison de la « surpêche, de la surdistribution et de la surconsommation » constitue le principal problème du Japon. Le gouvernement n’arrivant pas à réagir assez vite pour rendre l’industrie durable, Greenpeace communique directement avec les grandes chaines de supermarchés, qui fournissent près de 70% des produits de la mer consommés. Ces dernières essaient de rendre leurs politiques d’achat de produits de la mer durables, et le travail de Greenpeace y contribue.

  • Existe-t-il une pêche durable au Japon ?

Oui, mais à très petite échelle, certaines régions gèrent la pêche à travers une approche éco systémique et prudente. Des restaurants et supermarchés donnent la priorité aux produits de la mer durables. Nous poussons les grands détaillants et les restaurants à faire de même.

  • Les japonais sont-ils conscients des enjeux en matière d’agriculture et de consommation durable ? Est-ce que des organisations travaillent sur ces thématiques ?

La majorité des consommateurs n’est pas sensibilisée aux problématiques de surpêche, ils peuvent voir tous les jours à profusion les produits de la mer remplir les rayons des magasins. Greenpeace est l’une des rares organisations à travailler sur ce problème au Japon.

  • Quelle est la situation de la sécurité alimentaire après le désastre de Fukushima ?

Bien que le gouvernement et les principaux détaillants / restaurants n’œuvrent pas encore suffisamment pour assurer la sécurité alimentaire, l’action de Greenpeace a toutefois permis de rendre la situation plus sure.

  • As-tu entendu parler de l’Expo universelle de 2015 ?

Non.

  • Penses-tu que Greenpeace Japon puisse participer à l’événement ?

Je ne sais pas encore.

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