Le potager dans la poche: la technologie, instrument de durabilité agricole et alimentaire ?

Interview d’Eva de Marco de « L’Orto in Tasca », application italienne pour Smartphone de géolocalisation des producteurs et entreprises de denrées agricoles et produits alimentaires locaux.

Il y a quelque temps, j’ai découvert via Facebook, un projet intéressant : l’Orto in Tasca (en français, le potager dans la poche), une application pour Smartphone de géolocalisation des producteurs et magasins de produits locaux.Curieuse d’en savoir plus sur cette initiative, j’ai contacté la fondatrice de ce projet pour lui proposer une interview. S’en est suivie un échange très sympathique via Skype où j’ai découvert que la technologie peut être un instrument utile de promotion de la durabilité même dans le secteur agricole.

Eva de Marco

Eva de Marco

Si le fait de manger local / bio / solidaire est de plus en plus valorisé, et sera par ailleurs un des thèmes développés par de nombreux pavillons lors de l’Exposition universelle 2015, concrètement  y arriver est une toute autre chose…surtout quand on habite en zone urbaine : où se fournir et à quel prix ? Et la technologie peut jouer un rôle de facilitateur comme nous allons découvrir avec Eva de Marco, qui à elle seule, a lancé et géré tout ce projet.

Je dois dire, que cette femme qui en dehors de son travail s’occupe aussi d’une famille et de deux enfants, m’a transmis beaucoup d’enthousiasme et un souffle d’optimisme : nous pouvons chacun d’entre nous, à notre niveau, être protagoniste de notre futur et contribuer au processus de transformation et amélioration de la société. Il suffit de le vouloir !

Laura

Qu’est-ce que l’Orto in Tasca et comment est née l’idée ?

J’ai toujours travaillé en profession libérale car je tenais à pouvoir gérer mon temps de manière autonome. Parallèlement, j’ai toujours voulu concrétiser un de mes projets et donner naissance à une idée qui puisse contribuer à améliorer un petit peu ce monde. L’occasion s’est présentée un jour du mois de septembre, il y a deux ans, quand je me suis retrouvée sur une place vide de la commune d’Udine, alors que j’étais convaincue qu’un marché à km zéro devait s’y tenir (il avait été visiblement mal indiqué). C’est de là que m’est venue l’idée de venir à la rencontre des attentes des consommateurs, et indirectement à celles des producteurs, en créant une application, à télécharger gratuitement sur son propre téléphone. Une application pour informer sur la localisation des entreprises agricoles / marchés.

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Le potager dans la poche: une application pour smartphone

J’ai commencé à y travailler à plein temps en septembre 2012, et après un travail acharné, en l’espace de quelques mois j’avais créé mon business plan et l’application. Je suis passée par le crowfunding et en trois mois j’ai réussi à atteindre mon objectif ce qui m’a permis (aussi grâce d’autres apports personnels) de commencer cette aventure. Le 27 mars 2013 j’ai creé la société et en mai j’ai publié l’application.L’orto in Tasca est une application qui permet de savoir quelle est l’entreprise agricole la plus proche de vous faisant de la vente directe. Cette application permet aussi d’avoir des informations détaillées sur l’entreprise et sur les aliments qu’elle produit. Le projet est constitué d’un réseau de 800 entreprises dans toute l’Italie. Pour amplifier ce réseau, je fais usage également de collaborateurs “occasionnels” qui s’occupent de chercher des entreprises dans toute l’Italie à qui présenter notre projet l’Orto in Tasca.

A la redécouverte de notre territoire

L’orto in Tasca est d’abord, une vitrine très utile pour les entreprises agricoles, pour améliorer leur visibilité auprès d’un public plus large en présentant leurs produits via l’application. Ainsi ce projet contribue à recréer un lien avec la terre, avec les traditions « oenogastronomique » qui tend à se perdre avec le temps.   Le consommateur est amené à se rendre directement dans l’entreprise agricole : une occasion pour parler directement avec le producteur des aliments qu’il achète, et pour s’informer sur les techniques de production.

Parallèlement, cette approche favorise une meilleure attention et sensibilité à la qualité des aliments qui sont produits dans notre voisinage, aliments dont on pouvait ignorer l’existence jusqu’alors. On réapprend ainsi à apprécier  les fruits et légumes de saison, ainsi que le territoire sur lequel nous vivons.

Qui sont tes clients?

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Les fonctions de l’application

Ce sont principalement des entreprises familiales réparties sur tout le territoire national. La majeure partie des clients à la quarantaine. Il n’y a pas de critères précis à remplir pour pouvoir rentrer dans le réseau d’Orto in Tasca. Tout le monde peut participer en cotisant à hauteur de 80 euros par an. En échange de cette cotisation, l’application leur offre une meilleure visibilité, et potentiellement plus de clients.Le consommateur lui-même, à travers une recherche sur l’application, peut insérer les paramètres relatifs à ses propres besoins. Si par exemple, il désire acheter des produits bio, des produits laitiers, ou des légumes particuliers, il peut entrer des paramètres spécifiques et trouver tout de suite l’entreprise répondant à ses attentes. Il a été particulièrement intéressant de rencontrer des gens qui ont volontairement fait le choix de quitter la ville pour ouvrir une exploitation agricole ou créer un agritourisme. C’est le signe que le désir de retrouver le lien perdu avec la terre et la volonté de remettre en valeur des produits typiques connaissent un regain d’intérêt.

Parmi les consommateurs, en revanche, la majeure partie sont des femmes. Probablement car elles ont une sensibilité plus poussée sur les thèmes de l’alimentation durable et sont plus attentives à ce qu’elles donnent à manger à leurs enfants.

Quelles difficultés as-tu rencontré dans la réalisation de ton projet? 

La plus grande difficulté a été d’ordre générationnel : il est difficile de faire comprendre aux gens l’impact positif et l’avantage économique d’utiliser la technologie. En particulier la tranche d’âge des 50/60 ans perçoit internet et la technologie comme une perte de temps, et ne saisit pas l’intérêt de leur utilisation dans l’agriculture. Ils ne réussissent pas à comprendre l’opportunité concrète d’améliorer leur visibilité grâce à cette application, d’autant plus que désormais la plupart des gens sont dotés d’un smartphone.  J’ai constaté un plus grand intérêt de la part des plus de 60 ans, qui font preuve d’une volonté de comprendre les enjeux et les avantages que peut offrir la technologie.

Même si dans un premier temps cette mentalité un peu  surannée (qui est malheureusement largement diffusée chez une grande partie des exploitations agricoles) m’a un peu découragée, elle m’a ensuite poussée à atteindre un objectif : contribuer à digitaliser la réalité des exploitations agricoles.

Ton projet contribue également à créer plus de solidarité ?

Oui en effet, l’Orto in Tasca est reentré dans un projet de recherche de fermes sociales promue par l’entreprise sanitaire du Frioul qui a l’objectif d’insérer prochainement dans mon réseau des entreprises qui font de l’agriculture sociale, c’est-à-dire des exploitations qui emploient des personnes avec des handicaps ou difficultés sociales. C’est un moyen de sensibiliser les gens à réaliser des choix de consommation responsables et solidaires. Il existe bien 40 entreprises sociales, rien que dans le  Frioul-Vénétie julienne qui seront les premières à faire partie du réseau Orto in Tasca pour développer le volet solidaire du projet.

Le potager dans la poche

Le potager dans la poche

De plus j’ai lancé un partenariat avec Last Minute Market, une société de Bologne qui développe des projets visant à récupérer les invendus et les donner à des organisations caritatives[1]. L’Orto in Tasca, en effet a adhéré au projet de “réduction et prévention des déchets et leur utilisation à des fins sociales”, un projet de lutte contre le gaspillage alimentaire. Les entreprises de la grande distribution, donnent des produits qui sont récoltés par des associations réparties sur le territoire pour être ensuite donnés à des individus ou familles en difficulté économique.L’idée est d’insérer dans le réseau de l’application des entreprises agricoles qui ont elles aussi la possibilité de donner des invendus plutôt que de le jeter.

Parmi les différentes initiatives, l’Orto in Tasca fait aussi la promotion de la campagne “«  Je mange juste » d’Actionaid, une campagne informative qui a pour but d’encourager dans les cantines la consommation d’aliments sains et provenant d’une agriculture locale (à km 0)[2].

L’Orto in Tasca et l’Expo 2015.

L’Orto in Tasca ne participera pas à l’Expo 2015, même si elle pourrait surement être une plateforme utile pour des milliers de visiteurs, y compris des étrangers.

J’ai quand même participé le 15 janvier 2014, à une table ronde sur l’Agroalimentaire pendant l’Expo, qui m’a permis de présenter mon projet à diverses institutions, entreprises et média, et également de connaitre d’autres start up. Ça a été une excellente occasion de faire du networking.

La technologie comme clé pour la promotion d’une agriculture et une alimentation plus durable.

L’application est continuellement mise à jour, et s’enrichit de nouvelles options comme par exemple la création de groupe d’achat en commun, qui permet de partager nos achats avec des amis facebook qui sont également inscrits sur l’application : une idée originale qui favorise la socialisation, voire la solidarité entre les gens.

Le but de cette application est vraiment de chercher à lier les consommateurs à leur territoire, en leurs faisant mieux connaitre ses richesses et ses particularités

Ce type de technologie a un objectif très ambitieux : chercher de changer les mentalités et promouvoir un développement durable. Tout cela en contribuant à supporter l’économie locale et en favorisant le tourisme oenogastronomique.   Ainsi j’ai tenu à ce que l’application soit aussi en anglais, pour les touristes, d’autant plus en vue de l’Expo 2015.

Les gens apprennent ce que signifie la saisonnalité, que la nature de peut pas nous offrir le même fruit pendant toute l’année, qu’il est également mieux de consommer local pour éviter le gaspillage d’énergie et de ressources, tout en gagnant en qualité.

Je crois réellement qu’une sortie de la crise actuelle est possible et que l’agroalimentaire est une carte à jouer pour sortir des difficultés que rencontre le made in Italy. Nous devrons pour cela, savoir exploiter les avantages que nous offre la technologie.

A travers cette application, je voudrais apprendre aux gens à acheter leurs aliments en étant plus conscients des enjeux environnementaux, économiques et sociaux qu’impliquent leurs choix de consommation sur leur territoire.

Je suis convaincue que le potentiel de cette application est vraiment énorme sur la route vers une plus grande durabilité alimentaire et agricole. Il nous reste plus qu’à l’utiliser au mieux !

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