J’ai lu pour vous : « Nourrir les Hommes » de Louis Malassis

nourrir-les-hommes-louis-malassisNous inaugurons une nouvelle rubrique, le « j’ai lu/vu  pour vous ». En effet depuis 4 mois que ce blog est publié et depuis presque neuf mois que Laura, Juliette et moi avons eu l’idée de le lancer, grâce aux personnes que nous avons pu rencontrer ou simplement aux circonstances, nous avons été amenées (et nous serons amenées) à lire des livres, à voir des films ou des reportages sur les thèmes de l’alimentation et/ou de l’agriculture qui nous marquent et que nous souhaiterions partager avec vous dans la perspective de l’Exposition universelle 2015.

Aujourd’hui, je vais vous parler de « Nourrir les hommes » écrit par l’ingénieur et professeur français, Louis Malassis.

Bonne lecture, n’hésitez pas à laisser vos commentaires ! Lucia

En bref

En seulement 128 pages (qui véritablement se lisent très rapidement et avec plaisir), l’auteur réussi à résumer et à expliquer l’histoire complexe de la manière dont l’humanité s’est organisée pour se nourrir et les nombreux défis qui se posent avec toujours plus d’acuité pour continuer à le faire.

1) De l’histoire de l’alimentation : Les trois âges alimentaires

Louis Malassis, qui s’est concentré dans son analyse sur le territoire européen, distingue trois grandes périodes dans l’histoire de l’homme : l’âge pré-agricole, agricole et agro-industriel :

« Si l’homme apparaissait un 1er janvier, l’agriculture ne surviendrait que dans la seconde quinzaine de décembre et l’agro-industrie le 31 décembre »

Ages alimentaires

« C’est en courant derrière sa nourriture que l’humanité a inventé le monde, fabriqué ses armes et ses outils, organisé la société » Maguelonne Toussaint Samat

 

L’âge pré-agricole

L’âge agricole

 

L’âge agro-industriel

Période

Du début de l’humanité, soit il y a environ 3M d’année (en Europe de -500 000 av JC), jusqu’à -10 000 av JC

En Europe, à partir de 5 000 av JC jusqu’à la fin du XVIII

Naissance avec la révolution industrielle du XVIII, développement au XIX, affirmation au XX

 

Principales caractéristiques des sociétés humaines - Les hommes s’alimentent en chassant et en cueillant.

- Connaissance très fines des ressources de la nature

- Faible densité de population et nombreux déplacements

- L’homme devient producteur : les paysans représentent près de 80 % de la population

- Phénomène de sédentarisation pour organiser les récoltes.

- Mouvement de domestication des espèces

- 7 céréales de base : blé, orge, pois, pois chiche, lentille, vesce, lin

- Développement des villes qui reste mesuré : maximum 20 % de la population  

- Période marquée par « le rôle croissant des sciences  dans le développement agro-alimentaire », la « généralisation de l’économie alimentaire marchande, la participation de l’industrie au processus de production agricole et alimentaire ».

- Urbanisation croissante

- Amélioration du statut social des paysans

 

« La nécessité et le plaisir sont les moteurs de l’histoire alimentaire : la nécessité satisfaite, la recherche du plaisir s’étend »

chevalier apocalypseAinsi, en s’inscrivant dans une histoire longue de l’humanité, depuis son apparition il y a environ 3 millions d’années jusqu’à nos jours, il devient évident que l’agriculture et l’agro-industrie sont des phénomènes récents. L’âge agricole n’a pas jamais permis selon l’auteur aux sociétés de vaincre les « trois chevaliers de l’apocalypse » qui les menaçaient- les famines, les épidémies et les guerres – et ceux pour trois raisons principales selon Louis Malassis :

  • La guerre qui anéantit les stocks et les récoltes
  • Une productivité agricole limitée
  • Des systèmes sociaux défavorables aux paysans : souvent tombés en servitude. Une minorité, moins de 5 % de la population contrôlant la terre

 « L’agriculture constitue une rupture fondamentale dans le développement culturel de l’homme »

Le passage à l’âge agro-industriel se caractérise par de nombreux changements sociaux : les terres reviennent aux paysans, ces derniers sont de plus en plus instruits. La technologie révolutionne la manière de faire de l’agriculture - les premiers engrais chimiques sont utilisés à partir du XIX, mécanisation croissante – et de se nourrir (chaîne du froid, conservation). La Révolution industrielle a comme conséquence une diminution drastique de la part des agriculteurs dans la population active. L’auteur cite l’exemple du Royaume-Unis où « la population agricole passe de 47 % en 1830 à 9 % en 1950 ». Le vingtième siècle marque véritablement les débuts de l’agriculture motorisée.

« Le statut social du paysan est explicatif de l’histoire de l’agriculture et de l’alimentation. L’Histoire de l’alimentation est une histoire sociale  »

 

2) Le Combat inachevé

« Des plantes et des animaux prospectés et domestiqués pour produire nos aliments. Le développement d’une rationalité scientifique porteuse d’espoirs. L’acquis de trois millions d’années ! Et pourtant un combat inachevé : disettes et famines subsistent dans certaines zones du monde »

Louis Malassis insiste que sur le fait que l’histoire de l’alimentation a pour l’instant échoué à combler le « déséquilibre mondial » en matière alimentaire malgré l’augmentation de la productivité agricole. Une des explications est que la manière dont nous alimentons est fondamentalement inéquitable. Louis Malassis distingue 3 modèles agro-nutritionnels[1] : le modèle occidental (3500 calories finales par jour et habitant), intermédiaire (2800) et pauvre (2000).

Pour réussir à résoudre l’équation alimentaire, Louis Malassis souligne que la population et l’évolution  démographique restent des « variables stratégiques » jouant un « rôle central dans l’équilibre alimentaire ».

« À long terme, la satiété alimentaire dépend essentiellement de l’issue de la course entre population et production »

Il faut par ailleurs toujours garder à l’esprit le fait que « l’homme ne consomme pas seulement pas pour se nourrir mais aussi pour son plaisir ».

3) Nourrir les hommes

« Et demain ? La faim sera-t-elle éliminée ? La nature protégée pourra-t-elle produire durablement le pain des hommes ? L’humanité pourra-t-elle devenir sage ? Il nous faut vouloir et pouvoir le faire ! »

Dans son dernier chapitre, Louis Malassis s’interroge et nous interroge : comment arriverons-nous à nourrir les hommes dans le futur ? Il pose par ailleurs une question essentielle : quel homme devrons-nous nourrir, « celui qui consomme 1,5 kg équivalent céréale ou 3 kg » (cf. Importance de la consommation de viande) ?

« L’accumulation de la richesse et de la surconsommation au nord et de la pauvreté et sous-consommation au sud interpellent l’humanité entière »

Selon l’auteur « nourrir l’humanité à un niveau satisfaisant impliquerait de réduire la consommation au nord et de l’augmenter au sud, et de faire participer l’échange international à l’équilibre alimentaire mondial ». Louis Malassis distingue enfin 5 facteurs pour répondre à l’équation alimentaire :

  • La consommation alimentaire
  • L’amélioration des productivités des facteurs de production
  • L’intensification de la production agricole
  • La possibilité de produire des denrées par d’autres voies
  • L’échange international

Louis Malassis souligne dans sa conclusion la nécessité de « créer une nouvelle agriculture qui assurerait la conservation et le renouvellement des ressources. Sa base serait l’intégration des sciences agronomiques et écologiques ». Et pour cela, chacun peut faire sa part car « manger est aussi un acte politique ».

-        Mon avis

J’avais pris le livre car son titre me faisait fortement penser au thème de l’Expo 2015 : « Nourrir la planète : énergie pour la vie », et je dois dire que sa lecture m’a véritablement marquée, notamment sa partie historique, et qu’à la dernière page, en allant voir sur Wikipédia des informations sur l’auteur, j’étais juste navrée d’apprendre que ce dernier était mort en 2007. En effet, nous ne pourrions jamais le rencontrer ni l’interviewer…et lui demander : dirigeons-nous vers un quatrième âge alimentaire – celui qui permettra de « nourrir les hommes » et de « nourrir la planète » ?

Lucia

Et si vous voulez en savoir plus, lisez le livre ;)


 

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