L’agritourisme, une belle manière de découvrir la culture agricole et gastronomique d’une région !

L’agritourisme est une forme de tourisme alternatif qui donne la part belle à la découverte d’un territoire agricole, et qui permet de sortir des sentiers battus pour découvrir un paysage et des savoir-faire souvent hors du commun.

L ’agritourisme en Italie, c’est quoi ?

L’agritourisme recouvre l’ensemble des activités touristiques pratiquées sur une exploitation agricole en activité ayant obtenu les autorisations nécessaires. En Italie, l’agritourisme est encadré par une loi spécifique, la loi du 20 février 2006 n°96. Cette dernière liste les activités agritouristiques pouvant être menées par une exploitation agricole :

  • l’hébergement,
  • la restauration, principalement constituée de produits réalisés ou cultivés par l’exploitation agricole, ou de produits d’entreprises agricoles voisines,
  • la dégustation de produits, dont la dégustation de vins,
  • l’organisation d’activités de loisirs, culturelles, pédagogiques,  ou de pratique sportive.

La loi nationale est ensuite précisée par un cadre normatif régional plus ou moins strict.

Un succès grandissant

Cette forme de tourisme rural connaît un succès toujours croissant, notamment en Italie où, en 2011, les “aziende agrituristiche”, ces fermes qui accueillent les visiteurs, n’étaient pas moins de… 20 413 (+2,2% par rapport à 2010 – source Istat) ! C’est dire l’engouement pour un “arrière-pays” qui ne cesse de revenir sur le devant de la scène.

Une rencontre : Massimo, gestionnaire passionné de l’agritourisme ‘La rosa dei venti” dans les Abruzzes

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Nous avons profité de nos vacances dans les Abruzzes en août, pour rencontrer notre premier acteur engagé dans le changement vers plus de durabilité, de plaisir et de liens avec le territoire en matière d’agriculture, d’alimentation – et dans ce cas particulier – de tourisme.

En l’occurrence, entre deux visites de grottes, dégustations d’arrosticini (brochettes d’agneau ou de mouton, spécialités des Abruzzes), et fêtes médiévales, nous nous sommes entretenues avec Massimo, qui gère avec sa famille l’agritourisme “La Rosa dei Venti”, près de la ville de Lanciano.

L’agritourisme la Rosa dei Venti en quelques mots, ce sont :

  • 6 personnes qui travaillent et vivent de l’activité (les parents, leurs deux enfants et les compagnes respectives)
  • douze hectares de terrain (vergers, ferme) et 6 hectares de vignoble
  • un service de restauration avec 40 couverts en moyenne/ jour
  • 6 chambres
  • des productions maison : huile d’olive, confiture, vin, pâtes fraîches, pain, charcuteries

Massimo, comment est né l’agritourisme La Rosa dei Venti ?

Les terrains et la maison étaient la propriété de nos grands-parents, qui déjà à l’époque vendaient les surplus de la ferme (fromages, légumes…) au marché.  Ils possédaient 22 Hectares de terrains exploitables, en plus des vignes (qui produisent le Montepulciano des Abruzzes). L’idée de monter un agritourisme sur  cette propriété de famille a germé tout doucement.

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Mon frère a étudié dans  une école hôtelière et travaillé dans des restaurants un peu partout dans le  monde ; ma mère a gardé toutes les connaissances et le savoir-faire de ses parents s’agissant de la cuisine, de l’entretien de  l’exploitation, de la préparation des produits ; et quant à moi j’avais  poursuivi un parcours en école de commerce. En 2006, on est tous tombés d’accord sur l’idée qu’on n’avait pa

s envie de voir se perdre cette culture familiale, le lien avec notre terre et notre héritage (le contact avec les animaux, la production maison…). Nous avons donc décidé de monter un projet de réhabilitation de notre ferme, afin de créer un agritourisme qui proposerait un restaurant, en plus de l’activité d’hébergement.

Pour nous, la dimension familiale de notre projet est très importante. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls dans ce cas-là : des agritourismes “familiaux” se développent un peu partout dans la région.

Quels investissements ont été nécessaires?

Pour mener à bien les travaux de restructuration et de rénovation / réaménagement de la ferme, nous avons contracté un prêt de 150 000 euros  à la banque.

L’agritourisme est-il déjà rentable ?

Au début, nous pensions amortir nos investissements en 8 ou 10 ans. Aujourd’hui, nous pensons que cette période sera un peu plus longue, mais nous ne savons pas vraiment dans quelle mesure.

Arrivez-vous à vivre de votre travail ?

Oui, même si les revenus sont très variables selon les saisons, en particulier pour l’activité d’hébergement (l’agritourisme comprend 6 chambres, ndlr). Nos meilleurs mois sont bien entendu juillet, août et décembre. En revanche le restaurant est plein presque toute l’année. Après cela dépend aussi des taxes…

Qui fréquente l’agritourisme ?

S’agissant du restaurant, principalement les gens du coin, je dirais à 80 %, et 20 % de touristes. Le rapport s’inverse s’agissant de l’hébergement, nous avons par exemple beaucoup de pèlerins (les Abruzzes comptent de nombreux lieux de pèlerinage).

Vos produits sont-ils biologiques ?

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Dans les faits oui, nous n’utilisons  pas d’intrant. Toutefois nous n’avons pas encore le label bio pour nos produits, bien que la procédure de certification soit engagée. Mais cela prend du temps : il faut démontrer que nous avons les minimums requis en matière de surface de terrain, d’espaces adaptés pour les animaux, etc. L’organisme régional de contrôle sanitaire (ASL – Azienda Sanitaria Locale) effectue aussi, chaque année, des contrôles dans ce sens.

Quel sera le coût pour l’obtention de la certification ?

À peu près nul !  En Italie la certification ne coûte presque rien ; en revanche la mise aux normes peut  nécessiter d’important investissements, d’autant qu’il faut demander une certification écologique différente pour chaque domaine de production. Mais cela vaut le coup, car pour nous c’est un élément important de communication, et ça nous permet de nous enraciner un peu plus dans la culture de terroir : comme vous le savez sûrement, les saveurs des aliments sont toujours différentes selon leur pays de production ! Nous aimerions défendre cette diversité.

Et de toute façon dans notre cas, nous sommes déjà à peu près aux normes, tout simplement parce que nous respectons les traditions et les usages de nos grands-parents…

Quelle est la part de production locale ?

SAM_2323L’ensemble des produits vendus ou servis à l’agritourisme sont  produis localement, mais certains produits, comme la farine, font quand même exception. Nous faisons aussi appel à l’extérieur pour tuer les animaux afin de respecter les normes  en vigueur.

Décrivez-nous une journée type ?  Qui fait quoi, comment et quand ?

La règle est que tout le monde doit savoir tout faire, mais bien entendu chacun se spécialise selon ses préférences, notamment en ce qui concerne la production (confiture, huile, fruits, pâtes, jambon…). Nous avons aussi une quarantaine de couverts par jour, plus les chambres à préparer.

Voilà en gros une journée-type :

5h30 du matin : mon père arrive du verger / potager avec les légumes et fruits pour la journée.
6h30 : je prépare le petit déjeuner
8h : mon frère arrive en cuisine et prépare les pains  pour le repas du midi et du  soir  (la panification dure 3 heures)
A partir de 9-10 h : préparation du déjeuner  par mon frère, et en parallèle  mon père et moi prenons soins des animaux
13h : déjeuner. Un seul menu pour tout le monde avec les produits de l’agritourisme, mon frère aux fourneaux avec ma mère, et moi le plus souvent au service. Le menu change tous les jours !
Après midi : activités pour les personnes hébergées : yoga, peinture, activités de la ferme, ballades en nature. En parallèle, préparation du dîner.
À partir de 20 h : Dîner, mon frère en cuisine, et selon les envies  et les nécessités ma mère,  mon père , ma compagne et celle de mon frère en soutien en salle, ou à la cuisine.
00h : au lit !! Cela peut aussi se faire plus tôt, selon les impératifs du service. On se relaie  entre nous.

Des journées un peu plus particulières ?

imagenvpLorsqu’il faut procéder aux récoltes saisonnières (olives ou raisins par exemple), alors là toute la famille est mobilisée.

Lorsque des ateliers pédagogiques sont organisés à la ferme, ce qui arrive à peu près trois fois par semaine, durant trois mois dans l’année.

Mais avec ces ateliers, c’est un aussi un travail d’éveil des consciences que vous menez ! Comment se déroulent-ils ?

Il s’agit d’un projet financé par la Région Abruzzes. Chaque année, les écoles de la région doivent présenter un projet lié à l’agriculture et au milieu rural ; à ce titre,

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chaque classe doit choisir une thématique au sein d’une liste qui détaille l’ensemble des acteurs locaux (agriculteurs, agritourismes, etc.). Chacun de ces acteurs présente alors les activités qu’il propose, et les enfants s’engagent dans un projet aux côtés de l’un d’entre eux.

Dans le cas de l’agritourisme La Rosa dei Venti, ce sont les activités de production viticole, d’huile et de confiture qui sont mises en avant. Les enfants viennent et ont un cours de formation et de présentation de ces activités, avec des ateliers créatifs.

Ces ateliers sont entièrement subventionnés par la Région Abruzzes ; c’est aussi elle qui gère le réseau informationnel, ce qui nous permet aussi de savoir ce que proposent les autres fermes dans la région… Bref, pour nous c’est très positif.

Vous semblez quand même avoir des rythmes de folie… Habitez-vous près les uns  des autres, pouvez-vous prendre des vacances ?

Très peu de vacances, voire pas du tout…mais nous ne ressentons pas de manque. Nous aimons notre travail, et nous ne le voyons pas comme une contrainte.

Et en effet, nous habitons tous dans la même zone, ce qui facilite les choses !

Quelle est votre stratégie de communication ?

Nous avons notre site web (http://www.agrilarosadeiventi.com/rosa/default.aspx), et les relais fournis par la Région Abruzzes (http://www.agriturismo.com/agriturismi/abruzzo#).

Certains sites d’information commencent aussi à parler de nous, comme par exemple le site agriturismo (http://www.agriturismo.it/it/agriturismi/abruzzo).

En tant qu’agritourisme, êtes-vous aidés dans votre activité , bénéficiez-vous de relais en matière de communication, d’information ?

L’agritourisme est recensé dans le site régional des agritourismes (http://www.agriturismo.it/en/farmhouse/abruzzo). Il existe aussi une organisation au niveau national, “Agriturist” (http://www.agriturist.it/index.php ), dans laquelle nous n’avons malheureusement pas le temps de nous engager.

Quelle est votre opinion globale sur  l’état du secteur agricole en Italie ?

L’agriculture italienne a un potentiel impressionnant, mais les problèmes politiques  sont très prégnants… et pèsent sur le développement du secteur.

C’est-à-dire ?

Un exemple…les agriculteurs qui décident de raser leur vigne en Italie reçoivent actuellement une subvention de 5000 euros ! Le message est que l’agriculture locale n’intéresse plus les politiques, et qu’il devient plus rentable de vendre sa terre que de la mettre en valeur grâce à l’agriculture…

En ce qui concerne les agritourismes, certes nous sommes soutenus par la région Abruzzes, mais il resterait encore beaucoup à faire de la part des politiques et de l’Etat. Par exemple, nous ne recevons aucune aide financière de la part de la commune, alors que nous sommes tout de même un acteur-clé de son rayonnement. L’ennui, c’est que la culture des réseaux et des recommandations personnelles en politique freinent considérablement les initiatives des gens. Et pourtant, de l’énergie et des idées, on n’en manque pas !

Selon toi en Italie, les habitudes de consommations évoluent vers plus de durabilité  ou l’inverse ?

En général je dirais, vers moins de durabilité – par contre en  Italie, les gens ont encore une très bonne image des petits producteurs, des produits locaux. L’antagonisme “gros producteurs” contre “petits producteurs” n’existe pas ici. Les personnes qui vont dans les discount sont toutefois plus nombreuses que celles qui privilégient la vente directe ou locale. Les gens ont entièrement intégré ce modèle dans leurs habitudes de consommation. En revanche, dès que quelqu’un est intéressé par la qualité, il va essayer de chercher de bons produits, donc souvent des produits locaux.

Pour nous, dans le contexte de la réduction du nombre de petits agriculteurs et  producteurs, la demande reste donc élevée, d’autant que la grande distribution reste de toute façon cliente des petites structures.

Il y a donc deux mouvements actuels dans les habitudes de consommation : d’une part, le discount gagne de plus en plus de terrain, mais d’autre part, les marques italiennes de discount se tournent toujours vers les petits producteurs pour s’approvisionner.

As-tu entendu parler de l’Exposition Universelle 2015 ? Si oui, qu’en penses-tu ?

Non je n’en ai pas du tout entendu parler !

Même ton syndicat ou le site des agritourismes n’ont pas encore relayé l’info ?

Non, pas encore… La CIA (Confederazione Italiana dei Agricoltori, syndicat italien d’agriculture, ndlr) non plus n’en a encore rien dit.  Ça viendra peut-être !

Article rédigé par Marion et Lucia

Pour plus d’informations :

Le site de la Rosa dei Venti : http://www.agrilarosadeiventi.com/rosa/default.aspx

En Italien :

Site de l’observatoire national des agritourismes, géré par l’organisation “Rete Rurale” :http://www.reterurale.it/agriturism
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